Lettre adressée à Bertrand Piccard

Concerne : Demande de soutien

Cher Monsieur Piccard,

La lecture de votre ouvrage « Objectif Soleil » a été très inspirante pour les membres de l’association CARPE (Coordination pour un Aéroport urbain Respectueux de la Population et de l’Environnement, www.carpe.ch). C’est pourquoi nous nous permettons de prendre contact avec vous.

CARPE est à l’origine de l’initiative « Pour un pilotage démocratique de l’aéroport », visant à modifier la Constitution genevoise dans le sens d’un cadrage de l’aéroport de Genève (AIG). Elle réunit de nombreuses associations environnementales et riveraines de l’AIG et s’est donné pour mission de rappeler, par le biais d’une votation cantonale que l’aéroport de Genève :

– appartient au canton de Genève, et donc aux citoyens, et qu’à ce titre il se doit d’être encadré par l’État et de rendre compte de ses activités et projets à ce dernier, au même titre que les SIG, les TPG et l’Hôpital Cantonal ;
– est un aéroport urbain et, par conséquent, qu’il doit particulièrement prendre en compte les effets des pollutions (sonores, atmosphériques) qu’il engendre.

Le développement actuel de l’AIG, en termes de nombre de mouvements et d’empiètement sur les heures de nuit inquiète et fâche les communes et communautés impactées, situées aussi bien en Suisse (rive droite du lac, d’Arzier/Tannay/Mies (VD) à Chancy (GE) en passant par les villages vignerons du mandement – Satigny, Chouilly, etc – et rive gauche du lac, près de la frontière avec la France) qu’en France (Gex/ Ferney-Voltaire/ St-Genis/ Pouilly/ au-delà de Challex pour la rive droite et Thonon/ Yvoire/ Nernier/ Messery/ Chens-sur-Léman, pour la rive gauche, pour ne citer que les lieux les plus connus).

Au moment où le Plan Sectoriel d’Infrastructure Aéronautique (PSIA) pour Genève va être mis en consultation, prédisant 25 millions de passagers en 2030 ( soit 1 mouvement toutes les 90 secondes, ceci 18H/24), et déjà près de 30 millions de passagers en 2036 (voir l’interview de M. Schneider par D. Rochebin, RTS, 19H30, 26 juin 2017), il nous paraît urgent et indispensable que la population se rende compte qu’à Genève, bruit et pollutions diverses liés au trafic aérien transitant par Genève sont en constante augmentation, de jour comme de nuit, et ne sont pas sans conséquence sur la santé et sur le sommeil. Il est bon de rappeler ici que l’OMS, dont le siège se trouve à Genève, préconise 8 heures de sommeil par nuit. Le nombre important de mouvements aériens après 23h vient détériorer la qualité du sommeil des dizaines de milliers de personnes, notamment les enfants, au passage d’avions, tard le soir, au-dessus de ou près de zones habitées. Il est à noter que l’aéroport de Genève, à l’opposé de celui de Zurich-Kloten, n’exige pas le paiement d’une surtaxe bruit pour les atterrissages tardifs. En conséquence, la somme totale payée à Genève par les compagnies atterrissant au-delà de 22h en juillet 2017 a été de 15’600 CHF. À Zurich, la somme à régler aurait été de 170’780 CHF!

Et ceci sans même entrer dans les détails de l’impact direct que les mouvements aériens et leur augmentation constante ont sur la qualité de l’air et l’empreinte carbone participant au réchauffement climatique.

Études scientifiques et relevés de terrain à l’appui, l’association CARPE se bat pour que citoyens, riverains et spécialistes en écologie et environnement soient entendus et que leurs avis soient pris en compte dans le cadre d’un développement de l’aéroport de Genève, que nous souhaitons raisonnable et concerté, basé sur les besoins réels – et non imaginés – de l’économie locale et de la diplomatie internationale. Nous soutenons l’idée qu’il est possible de trouver un compromis acceptable entre protection de l’environnement, protection des humains et développement économique.

Toutefois, il nous apparaît que l’AIG, les médias et le grand public ne voient pas – ou sous-estiment ou ne veulent pas admettre – les enjeux majeurs, en termes de coûts humains et environnementaux, qui se jouent à travers le développement du trafic aérien dans son modèle actuel, et que les faits sont donc systématiquement minimisés, voire simplement ignorés. De même, le grand public ignore que le kérosène pour les avions n’est pas taxé (privant ainsi l’État de revenus colossaux) ou oublie parfois que les frais gigantesques d’infrastructures telles que routes, lignes ferroviaires ou de transport public pour amener des millions de passagers à l’aéroport sont à la charge de la communauté. Sans parler des frais de santé induits par le trafic aérien sont à la charge des individus survolés. Notre initiative « Pour un pilotage démocratique de l’aéroport » permet de donner une visibilité à ces problématiques et crée ainsi un débat.

Au vu de votre engagement planétaire pour une meilleure gestion des ressources dans le domaine des déplacements aériens, et en se souvenant de la fierté d’André Borschberg de voler au-dessus du Pacifique le jour où le traité COP21 a été signé, nous vous serions immensément reconnaissants si vous acceptiez de soutenir notre initiative « Pour un pilotage démocratique de l’aéroport » et/ou de nous transmettre une citation (que nous pourrions utiliser dans notre communication) dans laquelle vous vous positionnez sur le développement de l’aéroport. Nous partageons, en effet les mêmes préoccupations et les mêmes valeurs de respect de l’être humain, de l’environnement et des ressources à disposition. Nous sommes également à votre disposition pour une rencontre si vous souhaitez discuter plus en détail du sujet.

Nous avons envoyé un courrier à Madame la Conseillère Fédérale Doris Leuthard qui, si elle est ministre des Transports, se trouve être également ministre de l’Environnement et nous tentons d’approcher le gouvernement français pour le sensibiliser au fait que l’aéroport de Genève, bien que semblant loin des préoccupations immédiates http://carpe.ch/du nouveau gouvernement, a aussi un impact non négligeable sur ses concitoyens habitant sur sol français près de l’aéroport ou sur la rive française du lac Léman.

D’avance, nous vous remercions pour le soutien que vous voudrez bien nous apporter et vous prions de croire, cher Monsieur, à l’assurance de nos sentiments les meilleurs.

Pour la CARPE

Anne Robert-Nicoud, membre
Nigel Lindup, membre
Lisa Mazzone, présidente



Courrier des lecteurs

Suite aux multiples articles parus dernièrement sur les mésaventures aéronautiques des vacanciers, Nigel Lindup, habitant de Versoix, a réagi par une lettre des lecteurs :

Les aléas des transports aériens et le désespoir et déception des passagers ont fait couler de l’encre cet été. Comment faire, demande-t-on, pour éviter ces éternelles crises de nerfs à notre petit aéroport urbain, étant donné que les familles ne veulent qu’arriver le plus tôt possible en vacances?

Tout dépend de comment on définit « être en vacances ». Cet été j’ai rencontré une famille alémanique pour qui les vacances commencent dès qu’ils sortent de l’appartement et en fermant la porte derrière eux. Avec leurs trois enfants en bas âge, cette année ils sont partis pour la Suède en train de nuit et bateau – 2 jours d’aventure ! Le trajet peut coûter plus cher, suivant quand on réserve les billets, mais il fait partie des vacances. Je les ai rencontrés au retour, en débarquant à Rostock, où ils allaient visiter le zoo avant de prendre le train pour Berlin et Bâle. A la gare on attend, le train arrive, on y monte, on part.

On nous a également informés aussi sur les dégâts environnementaux dûs à l’aviation et la colère des habitants des destinations touristiques, devenues invivables. Sans oublier les nuisances subies par les Genevois au sol qui ne sont pas en train de voyager à un moment donné.

La solution à la congestion de notre aéroport urbain, ce n’est pas des investissements à 150 millions de francs par an, car cela ne terminera jamais: voyez seulement Singapour-Changi, qui accueille déjà 60 millions de passagers par an et se dote d’encore deux terminaux. Est-ce raisonnable ? La politique fédérale veut que les aéroports suisses suivent « la demande ». Or, celle-ci est un phénomène, non pas naturel, mais sciemment nourri et exploité par des compagnies aériennes et l’IATA jusqu’à ce qu’on croit avoir “droit” à de tels voyages.

Non, il faut que les décideurs politiques nous aident à changer d’attitude et de comportement. Subventionner les trains de nuit et en finir avec les financements cachés à l’aviation serait un bon départ. Et faut-il choisir des destinations toujours plus lointaines et exotiques?

Nigel Lindup
Président, Association des Riverains de l’Aéroport de Genève (ARAG)

Courrier des lecteurs

Suite à la lettre du jour de la Tribune de Genève du 14 juillet écrite par Gilles Bourquin, Anne-Lise Robert-Nicoud, habitante de Vernier, a réagi par une lettre des lecteurs :

Comment faire comprendre à Berne ce que vivent les riverains de l’AIG si la vérité n’arrive même pas jusqu’à Veyrier!

Ces riverains invitent M. G. Bouquin à venir passer juillet chez eux. Du 01 au 13. 07.2017, et seulement pour la Cie orange, on dénombre 12 décollages et 80 (!) atterrissages entre 23:00 et minuit, ainsi que 3 décollages et 9 atterrissages entre 00:00 et 00:30. Et maintenant, toutes compagnies confondues, sur la même période, ce sont 145 atterrissages et 20 décollages entre 23:00 et minuit (soit 12 mouvements en moyenne chaque nuit), ainsi que 14 atterrissages et 3 décollages entre 00:00 et 00:30 (soit plus d’un mouvement par nuit)

Contrairement à Zürich-Kloten, qui ferme à 23:00, les compagnies aériennes peuvent utiliser l’aéroport de Genève sans contrainte jusqu’à minuit, avec, en plus, la possibilité d’accueillir et d’assurer les vols en retard entre 00:00 et 00:30, une largesse dont certaines compagnies ne se privent pas! Ce n’est qu’APRES 00:30 que les avions sont détournés.

Conclusion: les riverains ne sont assurés d’un sommeil réparateur que durant 5h30 chaque nuit. Une idée: consulter le site de l’aéroport avant d’écrire. Merci.

Anne-Lise Robert-Nicoud

Courrier des lecteurs

Suite à l’article de la Tribune de Genève du 28 juin sur le rejet par le Conseil d’État de l’initiative populaire cantonale « pour un pilotage démocratique de l’aéroport de Genève », Nigel Lindup, président de l’ARAG, a réagi par une lettre des lecteurs parue le 7 juillet 2017 :

Permettez-moi de compléter en me référant au communiqué de presse de la CARPE (Coordination régionale pour un aéroport urbain respectueux de la population et de l’environnement) à ce sujet.

Genève Aéroport s’efforce plus que jamais à rassurer la population par rapport à l’augmentation continue du trafic aérien. Pourtant la garantie d’un passage des paroles aux actes consiste à ancrer une orientation qui respecte les riverains et l’environnement dans la Constitution.

En appelant à refuser l’initiative sans proposer de contre-projet, le Conseil d’État ignore les enjeux. Pour la CARPE, qui réunit 13 associations représentant quelques 15’000 personnes, une tranche non-négligeable de la population de la région, il y a des choix politiques à faire en ce qui concerne le développement de notre aéroport urbain si l’on veut trouver de vraies solutions aux problèmes.

Tandis que la population subit des nuisances de moins en moins maîtrisées, le Conseil d’État prétend que ce serait au Conseil d’administration de l’aéroport de faire de tels choix car les partis politiques y sont représentés.

Tel n’est pas le rôle d’un organe administratif. Le Grand Conseil et les communes doivent être associés à tout débat qui se veut démocratique.

Nigel Lindup

Exemplarité énergétique ? Le trafic aérien cultive les contradictions

Nous avons repris le communiqué de presse du CESAR concernant l’inclusion de Genève Aéroport dans Groupe Exemplarité énergétique de la Confédération :

L’aéroport de Genève a encore du pain sur la planche s’il veut devenir un modèle de faible consommation énergétique. Il accueille aujourd’hui la manifestation annuelle 2017 du Groupe Exemplarité énergétique de la Confédération. Pour CESAR, la coalition environnement et santé pour un transport aérien responsable, la maîtrise du développement du trafic de l’aéroport de Genève est le seul moyen d’améliorer réellement son efficacité énergétique.

L’aéroport de Genève accueille ce matin la manifestation annuelle 2017 du Groupe Exemplarité énergétique de la Confédération. Ce groupe, rejoint par l’aéroport de Genève en début d’année, a pour objectif d’améliorer l’efficacité énergétique de ces membres. Si la CESAR se réjouit que la Confédération ait à cœur de soutenir l’exemplarité énergétique, elle regrette la contradiction évidente entre cette démarche et l’impact du trafic aérien, notamment celui généré par l’aéroport de Genève, en termes de consommation d’énergie et de réchauffement climatique. C’est une nouvelle opération de communication, qui s’inscrit dans le greenwashing qu’utilisent à l’envi les aéroports pour redorer leur blason. Ceci d’autant plus que le développement de l’aéroport de Genève et de ses nuisances anime le débat public à Genève, alors que la validité de l’initiative « pour un pilotage démocratique de l’aéroport » vient d’être confirmée.

Rien qu’entre 2002 et 2012, la consommation de kérosène de l’aéroport de Genève a augmenté de 75% et ses émissions de gaz à effet de serre de 63%, tandis que le nombre de passagers a doublé en dix ans. Tous les efforts effectués par la population et les collectivités ces 10 dernières années dans d’autres secteurs, tels que les transports publics ou l’isolation des bâtiments, ont été annulés par la croissance du trafic aérien. Aujourd’hui, le trafic aérien pèse aussi lourd que le chauffage des bâtiments dans le bilan carbone des Genevois. Les déplacements en avion représentent 23% des émissions totales de gaz à effet de serre à Genève et les prévisions sont à la hausse. D’après les estimations de l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC), on comptera à Genève 235’000 mouvements annuels en 2030, soit un avion qui décolle ou atterrit toutes les 90 secondes. L’aéroport sera alors responsable de 40% des émissions d’oxyde d’azote du canton de Genève, contre 20% aujourd’hui.

Selon Lisa Mazzone, conseillère nationale verte et coprésidente de la CESAR, « l’aéroport de Genève ne parviendra pas à améliorer son efficacité énergétique, si elle continue à miser sur une croissance non maîtrisée du trafic aérien ». Ni les progrès techniques, ni une meilleure gestion du trafic ne suffiront à compenser la hausse de la consommation énergétique résultant de la croissance du trafic aérien. La CESAR exige que les autorités publiques reprennent en main le développement des aéroports helvétiques, en faisant preuve de cohérence vis-à-vis de leurs engagements pour le climat et en prenant compte autant la population que l’environnement.