Courrier des lecteurs

Philippe Meyer de Stadelhofen, vice-président du WWF-GE a réagi à la sortie du PSIA au travers d’une lettre des lecteurs parue dans la Tribune de Genève le 27.11.17 :

PSIA : paroles, paroles ?

Petite précision avant de rentrer dans le vif du sujet : j’utilise aussi bien le train, le bus, la voiture, le vélo, mes pieds…que de temps en temps l’avion pour me déplacer. J’apprécie d’avoir accès à un aéroport proche de chez moi, sans habiter juste à côté, mais je pense qu’il faut mettre en balance les avantages et les inconvénients et que lorsque ces derniers deviennent trop importants il faut le dire.

Le projet de Plan sectoriel de l’Infrastructure Aéronautique (PSIA) a été rendu public la semaine dernière par notre Conseil d’Etat et est ouvert à la consultation publique pendant un mois.

Sur la forme, on peut regretter que ne figurent que des objectifs et non des valeurs limites contraignantes à atteindre. La bonne volonté est rarement suffisante. Par ailleurs, la population peut prendre connaissance de ce plan, mais ne peut faire recours contre celui-là, alors qu’il engage le canton pour les décennies à venir.

Sur le fond, le plan entérine l’accroissement des nuisances dues au bruit et à la pollution ainsi que les dépenses pharaoniques auxquelles le canton devra faire face.

En ce qui concerne le bruit :

a) deux courbes de bruit sont déterminées, l’une à court terme , la plus large possible, et l’autre à long terme « 2030 ». Cette dernière devra être réduite par rapport à l’actuelle….mais les réductions concerneront les extrémités ouest, au-dessus du lac et de la Haute-Savoie, et à l’est, en dehors des limites du canton en direction du Vuache. Comme les deux courbes ont à peu près la même largeur, la population genevoise ne profitera pas de cette diminution de la courbe de bruit, contrairement à ce que certains prétendent.

b) la courbe 2030 est un objectif. Personne aujourd’hui ne peut dire s’il sera atteint, malgré l’augmentation des surtaxes prévues pour inciter les compagnies à venir à Genève avec des avions moins bruyants.

c) il est prévu d’accroître à court terme le nombre de mouvements d’avions en général, mais la nuit aussi à 1 avion par minute de 22 à 23h et 1 avion toutes les 6 minutes de 23 à 24h. Dès 2030, ces mouvements seront respectivement d’1 avion toutes les 2,4 minutes (22h-23h) et 1 toutes les 7 minutes (23h-minuit)….les habitants concernés ont intérêt à avoir un bon sommeil ! Rappelons que l’aéroport de Zürich est, lui, déjà aujourd’hui fermé à 23h …

d) Ces trois remarques mettent en évidence le fait qu’il n’est pas du tout certain que 1’500 logements pourront être construits au Grand-Saconnex ou à Vernier, comme le prétendent nos autorités, puisque leur construction est subordonnée à l’atteinte d’objectifs de diminution de bruit pour le moins incertains.

En ce qui concerne la pollution de l’air, le PSIA est on ne peut plus clair :

page 37  » Le principe qu’une pollution de l’air excessive cogénérée par l’exploitation aéroportuaire doit être tolérée à moyen terme dans le périmètre de l’aéroport et des zones voisines. Une augmentation des valeurs d’émission des oxydes d’azote est attendue entre 2020 et 2030, alors qu’elle diminue sur le reste du territoire cantonal ». « Il est anticipé que la contribution relative de l’aéroport par rapport aux émissions cantonales pourrait augmenter de de 24% en 2012 à 40% en 2030; la contribution de l’aéroport aux émissions de PM10 (particules fines) du canton sera de 6,6% » (p.38).

Le PSIA mentionne évidemment les efforts qui devront être consentis pour permettre à autant de personnes d’aller prendre l’avion et on peut saluer la volonté d’augmenter de 47% à 58% la part des passagers se rendant à l’aéroport par des moyens de transport collectifs/publics. On peut apprécier ces efforts, qui restent des objectifs sans certitude d’être atteints, mais quel sera le prix que la collectivité devra supporter, au détriment d’autres programmes, p.ex. sociaux ?

L’enthousiasme affiché par notre Conseil d’Etat est d’autant plus grand, qu’il essaie de cacher les véritables enjeux pour l’ensemble de notre canton, que ce soit en termes de santé publique ou financiers.

L’initiative pour un pilotage démocratique de l’aéroport, sur laquelle nous voterons en 2018, propose que le Grand-Conseil ait son mot à dire, c’est-à-dire que la population puisse se prononcer sur ces enjeux. Ce texte pourrait constituer une aide pour nos autorités pour faire valoir la volonté de tout un canton auprès des autorités fédérales.

Philippe Meyer de Stadelhofen
vice-président du WWF-GE

Courrier des lecteurs

Jean-François Bouvier, président de l’Association des Intérêts de Vernier-Village (AIVV) a réagi à la sortie du PSIA au travers d’une lettre des lecteurs parue dans la Tribune de Genève le 25.11.17 :

Bruit des avions, les belles promesses de la planification des infrastructures de Cointrin

Les promesses n’engagent que celles et ceux qui les écoutent ! Voilà comment résumer le pseudo victoire du Conseil d’ Etat face à l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC). Dans les faits la fréquence des mouvements prévus d’ici à 2030 sera comme prévu par l’étude commandée par la Direction de l’Aéroport et de l’OFAC en forte augmentation avec un vol / 90 secondes, 18 h/24, 365 j/an et 26’000 passagers supplémentaires / jour. Les investissements planifiés par l’aéroport se basent sur ces chiffres et aucun autre et c’est tout dire. Prétendre que la réduction du bruit aura lieu grâce au renouvellement des flottes d’avions c’est en d’autres termes nous dire de patienter près de 20 ans pour constater enfin une stabilisation, le temps nécessaire pour que tous les avions deviennent légèrement moins bruyants et polluants alors que la compagnie leader du low-cost à Cointrin n’a à ce jour atterri en Suisse que 2 fois …avec des avions équipé de réacteurs de nouvelles générations. Alors que l’Etat se doit de protéger ces citoyens de toutes formes de pollution, bruit et émissions de CO2 et d’oxydes d’azote (NOx), l’Etat valide ses augmentations. D’ici 13 ans les gaz NOx, ceux qui irritent nos gorges, yeux et poumons, produits par l’aéroport augmenteront de 100 % et représenteront 40 % du total produit dans le canton. La constitution cantonale à l’article 157 précise que l’Etat protège les êtres humains et leur environnement ; il lutte contre toute forme de pollution et met en œuvre les principes de prévention, de précaution et d’imputation des coûts aux pollueurs. Force est de constater que l’on en est très éloigné et les dizaines de milliers d’habitants à qui l’Etat impose ce bruit permanent n’ont qu’à s’y habituer…

Jean-François Bouvier
Président de l’Association des Intérêts de Vernier-Village (AIVV)

Courrier des lecteurs

Mike Gerard a réagi sur les vols nocturnes juste après la sortie du PSIA au travers d’une lettre des lecteurs parue dans la Tribune de Genève le 17.11.17 :

Samedi, 11 novembre. A l’aéroport de Genève, le dernier avion au décollage vient de partir à 21h50 : un vol Aeroflot vers Moscou, via Vernier et Satigny. Enfin une nuit paisible pour les résidents de ces deux villes, n’est-ce pas ? Mais non : un petit avion à réaction du type Global 6000, appartenant à Vistajet Malte, venu de Moscou, atterrit deux minutes plus tard, avant de redécoller à 23h27, toujours via Vernier et Satigny, dans la direction de l’Inde. Ainsi, le bruit à Vernier passe du bruit de fond de 42 dBA à 81 dBA, un facteur d’augmentation de 8000 (et 4 dBA de plus que le plus grand Airbus d’Aeroflot !). Voilà un aperçu des nuisances futures que nous promet le fameux Plan Sectoriel de l’Infrastructure Aéronautique (PSIA), qui, en ajoutant chaque jour 7 vols long-courriers vers l’Asie et l’hémisphère Sud, fera doubler le nombre de ces vols long-courriers. Ah, j’ai oublié de préciser que le Global 6000 est immatriculé à Malte, une ‘ile dont le nom figure très souvent dans les Paradise Paper ! Mais nous savons que tout est complément légal !

Mike Gerard

Trafic aérien et lutte contre le réchauffement, la quadrature du cercle ?

Yvonne Winteler s’est exprimée sur le trafic aérien et la lutte contre le réchauffement climatique dans une lettre des lecteurs parue le 4 novembre 2017 dans dans la Tribune de Genève :

Les émissions de gaz à effet de serre de l’aviation ont augmenté de 8% en Europe l’année passée, et l’augmentation du trafic planifié impliquera une augmentation de presque 300% des émissions d’ici 2050 – ceci alors que ces mêmes émissions de gaz à effet de serre doivent à terme tendre vers le « net zéro », selon l’accord de Paris sur le climat (1).

Le PSIA (2) et le Plan Cantonal Climat genevois ont pourtant pour objectif de stabiliser les émissions de gaz à effet de serre de l’aviation suisse. Comment concilier l’augmentation du nombre de vols aériens avec une stabilisation des émissions de gaz à effet de serre ?

Une clarification a été apportée ce vendredi 13 octobre 2017 par la deuxième conférence de l’OACI, Organisation de l’aviation civile internationale : elle prévoit un recours massif aux biocarburants, soit 5 millions de tonnes de biocarburants d’ici 2025 et 285 millions de tonnes en 2050 (3).

A terme, il est possible que les biocarburants de 3ème génération puissent exploiter les algues ou les déchets pour produire des biocarburants sans impact sur les forêts ou la production alimentaire. Mais ces techniques sont encore au niveau expérimental, et ne pourront en aucun cas produire les quantités de biocarburants proposées par l’OACI d’ici 2025.

Pour produire cinq millions de tonnes de biocarburants en 2025, une surface équivalente à plus d’un tiers de la Suisse (4) devrait être convertie en cultures destinés à faire voler nos avions. Soit on convertit des surfaces actuellement utilisées pour l’alimentation, soit on diminue d’autant la surface des forêts – avec à la clé la perte d’un puits de carbone important (puisque les forêts absorbent le CO2), et un besoin accru d’engrais, eux aussi liés à des émissions de gaz à effet de serre.
On le voit, les biocarburants proposés par l’OACI ne font que reporter le problème ailleurs. La seule façon viable de stabiliser les émissions de gaz à effet de serre est de stabiliser le nombre de vols en avion.

Yvonne Winteler

Références :
1) Article 4 de l’accord de Paris : « En vue d’atteindre l’objectif de température à long terme énoncé à l’article 2, les Parties cherchent […]à parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle »
2) « la stabilisation des émissions de gaz à effet de serre générées par le trafic aérien est devenue une thématique prépondérante de la période de référence qui court jusqu’à 2030 », Processus de coordination du Plan sectoriel de l’infrastructure aéronautique, 12.7.2016, p. 84
3) https://www.icao.int/Meetings/CAAF2/Documents/CAAF.2.WP.013.4.en.pdf
4) Calcul sur la base des chiffres de https://www.theguardian.com/environment/2017/oct/12/new-airplane-biofuels-plan-would-destroy-rainforests-warn-campaigners


Courrier des lecteurs

Renaud Dupuis s’est exprimé sur le bruit incessant provoqué par l’aéroport dans une lettre des lecteurs parue le 3 octobre 2017 dans dans la Tribune de Genève :

Nous sommes tous riverains de l’aéroport!

Faut-il le rappeler, Genève a un aéroport qui, depuis sa création en 1920, est devenu toujours plus urbain au fil des années avec l’extension des habitations, en Suisse et en France voisine. Or, Genève n’a pas, comme d’autres grandes villes, la possibilité de « repousser » son aéroport en dehors des zones urbaines et il faudrait donc en tenir compte, ce qu’ignore la direction de l’Aéroport, le gouvernement genevois et le Conseil fédéral qui ne pensent qu’à sa croissance économique sans se soucier des habitants de Genève.

En effet, de part les changements de trajectoire opérés, ce n’est plus uniquement la rive droite qui est impactée par le bruit, mais également tous les bords du lac de la rive gauche avec la réfraction du bruit sur celui-ci. L’impact sonore n’est évidemment pas le même que sur la rive droite mais de plus en plus d’habitants de la rive gauche, réveillés dès 6 heure du matin par le premier décollage, commencent à prendre conscience du bruit incessant que produira l’aéroport si un frein n’est pas mis aux prévisions inconsidérées de celui-ci pour 2030.

Renaud Dupuis