Courriers des lecteurs.trices

Anne-Lise Robert-Nicoud, habitante de Vernier a réagi à l’article « A Cointrin, l’été rêvé des boutiques hors taxes  » (Le Temps, 24.08.18) :

L’aéroport de Genève: vers une nouvelle définition:

Si le but des vacances est de faire du shoping hors taxes, alors oui, « un été rêvé à Cointrin ». Or, également le 24.08.2018, quelle coïncidence, La Tribune de Genève annonçait que les magasins et arcades du canton  enregistraient un inquiétant +12% de vacance en un an, ceci alors que les aéroports, comme les gares d’ailleurs, sont devenus à tous les étages d’immenses zones d’achat, oubliant ainsi leur rôle premier tel que défini par le dictionnaire, soit  « Ensemble des bâtiments et des équipements nécessaires au trafic aérien public, desservant généralement une ville ; organisme qui administre, gère un tel ensemble. », (Le Petit Larousse illustré, 2012). Donc apparemment une structure permettant aux voyageurs de se déplacer d’un point A à un point B, ni plus, ni moins. Mais alors, quel changement depuis 2012 ! Il semble que les « équipements nécessaires au trafic aérien » aient passablement évolués et une nouvelle définition s’impose.

Quand l’idée de créer des dictionnaires a germé, les initiants d’alors se sont tournés vers les grands auteurs pour illustrer les subtilités des mots. Pour redéfinir le mot aéroport aujourd’hui, il faut s’adresser aux économistes et on obtiendra les définitions suivantes : 1)un endroit grâce à l’existence et la subtile organisation duquel il est possible de voyager sans en payer le juste prix écologique. Ceci donne à chaque passager la possibilité de dépenser dans la zone internationale et ses boutiques hors taxes, avant, pendant et après le voyage, pour ainsi réaliser des économies ainsi; 2) un lieu dont la zone internationale peut représenter la destination du voyage, en y ajoutant l’attrait touristique de ses boutiques hors taxes, dans lesquelles le voyageur est alors encouragé à dépenser l’intégralité de son budget voyage ; 3) (par extension de 1 et 2) un lieu d’où l’on peut en toute légalité ignorer le changement climatique et la qualité de vie des riverains de cette infrastructure au profit du profit (des aéroports et des passagers en zone internationale, s’entend) ; 4) un organisme qui, en plus de gérer un tel ensemble de « bâtiments et (…) équipements nécessaires au trafic aérien public », a pour objectif de maximiser les profits au sol (1 franc sur 5 gagné grâce au shopping des passagers !), et ceci sans taxer les passagers directement.

D’où cette interrogation: il est dit de Genève à Berne, qu’il faut augmenter les destinations et le nombre de mouvements pour répondre à la demande, mais alors, la demande de qui et de quoi exactement ? Celle des compagnies aériennes, de potentiels voyageurs ou alors des gestionnaires des commerces dans les lieux de voyage ? Ou serait-ce une secrète combinaison des trois, savamment exploitée ? Là est la question, aurait dit Shakespeare…

Pendant ce temps, nous sommes témoin d’un climat devenant de plus en plus imprévisible et extrême, ajoutons à cela les nuisances de plus en plus nombreuses dont souffrent les riverains (pollutions sonores et atmosphérique). En parallèle de ces impacts du trafic aérien, le commerce aéroportuaire, lui, ne semble pas manquer d’air ?

Anne-Lise Robert-Nicoud