Courrier des lecteurs

Suite à l’article de la Tribune de Genève du 28 juin sur le rejet par le Conseil d’État de l’initiative populaire cantonale « pour un pilotage démocratique de l’aéroport de Genève », Nigel Lindup, président de l’ARAG, a réagi par une lettre des lecteurs parue le 7 juillet 2017 :

Permettez-moi de compléter en me référant au communiqué de presse de la CARPE (Coordination régionale pour un aéroport urbain respectueux de la population et de l’environnement) à ce sujet.

Genève Aéroport s’efforce plus que jamais à rassurer la population par rapport à l’augmentation continue du trafic aérien. Pourtant la garantie d’un passage des paroles aux actes consiste à ancrer une orientation qui respecte les riverains et l’environnement dans la Constitution.

En appelant à refuser l’initiative sans proposer de contre-projet, le Conseil d’État ignore les enjeux. Pour la CARPE, qui réunit 13 associations représentant quelques 15’000 personnes, une tranche non-négligeable de la population de la région, il y a des choix politiques à faire en ce qui concerne le développement de notre aéroport urbain si l’on veut trouver de vraies solutions aux problèmes.

Tandis que la population subit des nuisances de moins en moins maîtrisées, le Conseil d’État prétend que ce serait au Conseil d’administration de l’aéroport de faire de tels choix car les partis politiques y sont représentés.

Tel n’est pas le rôle d’un organe administratif. Le Grand Conseil et les communes doivent être associés à tout débat qui se veut démocratique.

Nigel Lindup

Courrier des lecteurs

Suite à l’interview de M. André Schneider dans le 19h30 du 25 juin, Mike Gerard, vice-président de l’ARAG, a réagi par une lettre des lecteurs parue le 29 juin 2017 :

Dans le 19h30 de la RTS du 25 juin, en réponse à Darius Rochebin, le directeur de l’aéroport a tenté de nous rassurer concernant l’explosion du trafic aérien et de ses nuisances.

Il a affirmé que la croissance du nombre de passagers et celle du nombre total de mouvements sont dissociées. Ainsi, le bruit, déjà insupportable, n’augmenterait pas excessivement, selon lui. Etant, comme moi, mathématicien, informaticien et ex-CERN, il sait comment jouer avec les chiffres. La réalité, c’est que l’augmentation des passagers et celle des mouvements des vols de ligne, qui sont pris par 98% des passagers, progressent avec une cadence proportionnelle. Pour écarter cette évidence, le directeur prend en compte les 2% résiduels de passagers volant dans des vols d’affaires, vols d’entrainement, hélicoptères, etc. Ainsi, pour les 10 dernières années, le lien entre l’augmentation des passagers et tous les mouvements est, dans l’ensemble, distendu (corrélation mathématique < 0.4 sur un maximum de 1.0), mais là où le bât blesse, c'est que le lien entre les passagers et les mouvements des vols de ligne est, quant à lui, presque parfait (corrélation 0.97).

Autrement dit, toute augmentation du nombre de passagers sera forcément accompagnée par une augmentation correspondante, certes inférieure, mais significative, des vols de ligne, ce qui augmentera le bruit et les dommages sur la santé.

Mike Gerarg

La CARPE au FOROM consacré à Genève Aéroport en tant que moteur de développement économique

Mardi 13 juin 2017, la Coordination pour un Aéroport Respectueux de l’Environnement et de la Population (CARPE) était présente au Forum Economique Romand (FOROM) consacré à « Genève Aéroport. Moteur de développement économique de la Suisse occidentale et de la France voisine ». Ironie du sort, cet événement a eu lieu seulement quelques jours après que l’Aéroport de Genève (GVA) a consacré une semaine au développement durable. Lors de cette journée qui voulait apporter un « regard nouveau » sur l’aéroport, celui de l’économie (qu’y a-t-il de nouveau là-dedans alors que l’aéroport est systématiquement abordé sous cet angle ?), les nombreuses conférences de la journée étaient entrecoupées de longues pauses afin d’assurer, selon le programme, « un réseautage de qualité et exclusif » parmi les quelque 800 invités présents. Une fois de plus, l’aéroport a sorti les grands moyens pour faire sa promotion.

Comme pouvait le laisser présager le titre de l’événement, les mots d’ordre de cette journée ont été « développement » et « croissance ». Blaise Goetschin (BCGe) a même été jusqu’à affirmer que sans la croissance de l’aéroport il y a un risque de «provincialisation» de Genève. On l’aura compris, sept heures d’éloge pour démontrer que la croissance de l’aéroport serait essentielle à la prospérité de la région.

Le rôle de GVA dans l’économie du bassin lémanique n’est donc pas contesté, mais il est important de relever que le lien entre le nombre de passagers transitant par Genève Aéroport et le PIB de la région genevoise s’est délité depuis 2006. D’après des calculs de Noé21 à partir des données d’OCSTAT et de Genève Aéroport, la corrélation entre le nombre de passagers et le PIB n’est pas significative. La preuve que toute croissance de l’aéroport ne se traduit pas en retombées économiques. De plus, si les bénéfices de l’aéroport pour le Canton ont été encensés, personne n’a pensé à les mettre en perspective avec les coûts engendrés par l’infrastructure payés par la collectivité : les pertes fiscales liées au régime fiscal spécial de l’aviation, les coûts climatiques, la dévaluation du foncier et les atteintes à la santé publique (bruit et pollution de l’air) (d’après une évaluation de Noé21). Ces coûts représentent une subvention publique à l’aéroport qui joue un rôle prépondérant dans son succès.

Et voilà la suite : après avoir fait doubler le nombre de passagers en 10 ans, on affirme que les infrastructures ne seraient pas capables de répondre à la demande actuelle et encore moins à la croissance prévue (25 millions de passagers en 2030).

Conclusion de la journée : il faudrait se développer et croître, autant au sol que dans les airs. Les intervenants ont manié une fois de plus la subtilité propice à flatter les opposants. Presque tous ont minimisé l’impact de cette croissance en déclarant que l’augmentation du nombre de passagers ne serait pas synonyme d’augmentation de nombre de mouvements. Pourtant, ce dernier est en hausse inexorable. En effet, même une augmentation minimale (le nombre de 0.5% a souvent été répété au cours de cette journée) représente une plus grande quantité d’avions qui nous survolent chaque jour, jusqu’à vite devenir un toit d’avions, alors que la situation actuelle est déjà insupportable. Les directeurs des compagnies Easyjet et Swiss ont quant à eux mis l’accent sur le renouvellement de leur flotte avec des avions moins bruyants et moins polluants. Mais si André Schneider a méticuleusement listé les engagements de GVA en faveur du développement durable, c’est un représentant des riverains qui a fait remarquer que les taxes de bruit « imposées » à Genève sont les plus basses de Suisse et par conséquent ne peuvent pas constituer une vraie incitation au changement de comportement chez les compagnies aériennes.

Les revendications auraient-elles été entendues ? Ce qui est certain, c’est que les dirigeants de GVA sentent le vent contraire, si bien qu’ils récupèrent le vocabulaire et les préoccupations de la CARPE dans les opérations de communication de l’aéroport. C’est déjà une première victoire, mais elle doit maintenant se transformer en actes. Les riverains et l’initiative « pour un pilotage démocratique de l’aéroport » ont ainsi été mentionnés plusieurs fois de manière spontanée par les conférenciers. Pierre Maudet assure par exemple que la croissance ne se fera pas de manière illimitée, qu’il n’y aura pas de « fuite en avant » et il se réjouirait du retour de la politique dans la gestion de l’aéroport. André Schneider, lui, reconnait que l’un des défis pour GVA est de trouver un équilibre entre le développement du rôle économique de l’aéroport et la limitation des impacts sur le voisinage et l’aménagement du territoire. Un défi qui semble cependant difficile à relever, sans une volonté politique qui fait pour l’instant défaut. En effet, le directeur de GVA conclut tout de même en précisant qu’on ne pourra pas satisfaire tout le monde.

Les mots sont là. Nous attendons maintenant les actes, surtout l’organisation d’un débat démocratique. Et à cet égard on peut noter que, malgré le fait que les riverains ont pu participer en posant des questions, dès qu’il était question de faire un discours de quelques minutes pour apporter une autre perspective à ce monologue économique, la parole leur a été refusée.